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Interview à:

Andre Streel [andrestreel] 


ÉCRIRE
Comment avez-vous commencez à écrire? Qui vous lisait au début?
Vers dix ans j'aimais tellement les albums Tintin que j'ai tenté d'imiter Hergé à ceci près que mes images à bulles étaient accompagnées d'un commentaire mais c'est en fin d'humanités, vers les seize, dix-sept ans qu'emporté par la passion littéraire de mon prof de français j'ai eu l'irrépressible besoin de me laisser emporter à sa suite et de moi-même écrire, ce qui était pour moi la meilleure façon de prouver mon propre amour des lettres. Qui me lisait? Personne dans mon entourage.Accueil très froid, incompréhension, rejet. J'essayais d'accrocher l'un ou l'autre camarade de classe que je pressentais plus ouvert. Le premier à me lire vraiment et à m'apprécier fut mon psychiatre (c'est toute une histoire trop longue à raconter ici) qui se chargea lui-même de faire publier mes poèmes (j'avais dix-huit ans), magnifiquement illustrés, dans la revue "Le Carabin" des étudiants en médecine de l'université de Liège, où il enseignait.
Quel est votre genre favori? Un lien où l'on peut voir ou lire quelque chose au sujet de vos oeuvres récentes?
site internet de ma façon: http://home.versateladsl.be/vt6120189/ Blog poésie: http://universeul.over-blog.com/
Quel est votre processus créatif? Qu'arrive-t-il avant que vous ne vous asseyiez à écrire?
Il se passe quelque chose dont je ne mesure pas dans le moment qu'il me touche, que je semble classer bientôt dans le passé avec le reste mais il arrive qu'il me revienne, purifié, libéré de son contexte et donc plus dru et c'est presque toujours la nuit. C'est parfois même si fort, si impératif que je dois griffonner bien vite les mots marquants qui s'imposent alors si je veux retrouver le sommeil. Mais il peut arriver aussi que je doive rallumer peu après et regriffonner, parfois ainsi même plusieurs fois de suite, sans quoi les mots tournent dans ma tête obsédants, en carrousel. Parfois même je me lève carrément pour me libérer ou encore j'attends le matin mais alors c'est la première chose que je fais, écrire très vite, en vrac, histoire de perdre le moins possible de ce qui sinon va s'envoler sans esprit de retour. Très curieusement aussi j'ai souvent de bonnes idées mais plutôt de mise au point, de finition dans ce lieu de solitude par excellence que sont les toilettes ou encore quand je roule en voiture, seul, de préférence sur une autoroute, les idées viennent en roulant et je m'arrête de parkings en parkings pour transcrire, par ailleurs bien ennuyé pour expliquer mon retard à l'arrivée.
Quel type de lecture active le plus l´envie d´écrire?
Shakespeare, les romantiques français pour la beauté, les livres ésotériques pour la profondeur, en premier lieu les sages indiens, HP Blavatsky...
Quels sont, selon vous, les ingrédients de base d´une histoire?
Avant tout elle doit être vraie pour moi, avoir été vécue personnellement ou à tout le moins très profondément ressentie, au point que je l'intègre pour ainsi dire comme mienne. Elle doit être fausse en même temps, elle doit paraître imaginaire, je dois l'élargir, l'ouvrir à tous en la changeant pour qu'on m'oublie et que chacun soit touché par l'un ou l'autre de ses aspects de telle sorte qu'il puisse y entrer, se sentir directement concerné, se l'approprier. Une histoire peut être ainsi composée de plusieurs fragments d'histoire réassemblés dans une unité de perspective.
À quelle personne êtes-vous le plus à l'aise : À la première ou à la troisième personne?
Le premier jet est en "je" le plus souvent, les finitions en "il". Ecrire est d'abord un besoin littéralement pressant d'évacuer un trop-plein émotif, st l'ego se libère, se déverse au plus vite, sans façon. Ce n'est qu'après cette phase nécessaire que je peux prendre du recul, me détacher jusqu'à un certain point et jouer les observateurs de moi-même. Le fin du fin est d'arriver à écrire "il" tout en restant en fait au plus près de "je" mais sans que le lecteur s'en doute vraiment de sorte que celui-ci est tout à la fois et très proche de moi.
Quels écrivains admirez-vous le plus?
Shakespeare parce qu'il est toute l'écriture, Rimbaud pour l'audace du dépassement total, les poètes romantiques pour tout à la fois la pureté de forme et l'intensité de fond, les poètes philosophes, orientaux, indiens qui vont jusqu'au vrai du vrai à travers la beauté, les ésotéristes qui touchent au vrai sans nécessairement être beaux.
Qu'est-ce qui rend crédible un personnage? Comment créez-vous les vôtres?
Le fait qu'il ait existé, que je l'aie vécu en moi à un moment ou à un autre, que pour l'une ou l'autre raison il m'ait marqué même si dans le moment même je ne me suis pas rendu compte de son impact en moi. Je ne peux le faire revivre que s'il a été vraiment vivant pour moi. En fait aussi mes personnages sont souvent faits de plusieurs personnes, j'emprunte l'un ou l'autre trait typique de chacun et j'obtiens de la sorte un personnage de synthèse tout à fait original où plus d'un peut se reconnaître. Dans telle situation je me rappelle le comportement d'un tel, j'ai besoin de me rappeler son prénom, je le revois, je le ranime, et puis dans telle autre situation je me base sur le souvenir précis de telle autre personne et ce souvenir, je le stylise en quelque sorte mais personne au final ne peut dire être intégralement le personnage.
Êtes-vous également habile à raconter des histoires oralement?
C'est spontané, j'adore raconter des histoires, vraies de préférence, mais jamais tout à fait, j'ai besoin d'enjoliver, d'accentuer, de rassembler le plus croustillant de plusieurs histoires en une, d'une ou d'une autre d'aller dans le sens de l'auditoire, de lui donner ce qu'il attend; et moi qui suis d'habitude plutôt timide il arrive alors qu'il faille me faire taire: sans me rendre compte j'accapare les autres, certains sont aux anges et en redemandent, d'autres au contraire s'en trouvent dérangés, ennuyés, voire exaspérés sans trop savoir parfois comment me le faire savoir.
Au plus profond de votre motivation, pour qui écrivez-vous?
Je crois que c'est pour moi que j'écris mais pour un moi de plus en plus véritable au fil précisément du nettoyage opéré par la mise en écriture. Par là même j'écris ainsi aussi pour tous ceux qui se rapprochent de ce moi de plus en plus impersonnel et ainsi de suite jusqu'à me retrouver dans un toujours plus grand nombre à faire des ronds dans l'eau de plus en plus grands.
Écrit-on comme thérapie? Les conflits internes sont-ils une force créatrice?
Dans mon cas oui. Mes premiers vrais poèmes ont été écrits à dix-huit ans, en institution psychiatrique après overdose de stupéfiants que ce médecin m'avait présenté comme fortifiants permettant de réussir sans peine mes premiers examens universitaires. Il s'ensuivit une destruction nerveuse dont je ne me suis du reste jamais vraiment remis. Au profond de cet isolement désespéré ces poèmes furent alors mon seul cri de vie, de proclamation de ma réalité et les psychiatres le comprirent bien qui m'encouragèrent bien à me manifester de la sorte. Je n'ai non plus jamais autant écrit de poèmes que quand j'étais seul avec mon stress latent lié à cette responsabilité permanente inhérente à ma fonction dans cette cabine de signalisation de chemin de fer; en quelque sorte j'échappais ainsi à ce poids mais seulement jusqu'à un certain point: curieusement je pouvais revenir très vite à la situation de terrain et redevenir sur-le-champ le réalisme même. Les conflits internes sont une force créatrice car du fait de les matérialiser par l'écriture, ils sont tout à la fois moins forts en moi et plus clairs; c'est comme si les personnages en s'habillant de moi me libéraient de mes fardeaux dans cette mesure et puis aussi je peux juger enfin du dehors, mieux me rendre compte de ce qu'il en est effectivement depuis le spectacle que je m'en offre.
Le feed-back des lecteurs vous sert-il?
Oui mais pas toujours dans un premier temps car alors je réagis le plus souvent viscéralement en mère tigresse qui voit que ses petits, ses créations, ne sont pas souvent appréciés à leur juste mesure. Ce n'est qu'une fois bien refroidi que j'y reviens et peux recueillir la leçon, l'enrichissement que secrète l'avis du lecteur, parfois c'est une seule chose que je retiens de son opinion alors que lui-même la tiendra peut-être pour très secondaire.
Vous présenteriez-vous à un concours? Avez-vous reçu des prix?
OUi. J'ai reçu quelques prix certes secondaires.
Partagez-vous vos projets d'écriture avec une personne de confiance afin d'avoir son opinion?
Jusqu'à un certain point avec ma compagne actuelle et même parfois avec d'anciennes amies mais là aussi je dois prendre du recul vis-à-vis de mon ego tout en mesurant les limites de sensibilité de ces lectrices-là.
 

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© Andre Streel
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