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Interview à:

ropib [ropib] 



INTERNET
Quelle est votre spécialité dans le monde interactif?
Support MOA
Où peut-on voir quelque chose de votre travail on line?
Sur des sites professionnels, dans des blogs et réseaux plus ou moins communautaires.

Il n'y a pas sans doute pas de capital de crédibilité homogène à gagner sur le web qui est le lieu de la fragmentation. Y importer les réflexes propres à l'écrit avec le listing des références, sorte de web-CV, ne me semble pas pertinent... peut-être faudrait-il mêler mensonge et vérité pour répondre à ce genre de question, pour finir d'assimiler totalement le reproche de Guy Debord fait à la société du spectacle pour en faire un principe de civilisation: «Dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.».
Travaillez-vous seul ou en équipe, comment est cette équipe?
Le travail se construit de plus en plus en liaison avec des dépendances multiples. Il est pour l'instant majoritairement organisé autour du salariat et par rapport à l'exploitation de compétences uniques d'un travailleur identifié.

Aujourd'hui je travaille de manière salariée au sein de plusieurs équipes liées contractuellement entre elles.
Il ya beaucoup de concepteurs-programmeurs, peut-on être bon dans deux rôles si différents?
On peut être bons dans de nombreux domaines différents, donc au sein d'un seul domaine il doit être possible de pouvoir assumer plusieurs rôles différents. La question est de savoir si, au sein d'un projet, au sein d'un réseau, le système social est capable d'organiser les interactions entre des acteurs polymorphes. Ce n'est pas toujours le cas.

La performance est une autre dimension du problème. Il faut évidemment connaître le niveau de performance attendu et ensuite savoir si on arrive à atteindre des niveaux de performance élevés lorsqu'on aliène les travailleurs à une tâche au regard de leur performance théorique.

Enfin je ne suis pas certain qu'on puisse être vraiment performant en développement sans faire de conception et un concepteur qui perd totalement le lien avec la technique doit être accompagné à un moment ou à un autre par un programmeur. La taille de l'équipe décide souvent du niveau de partage des compétences et des responsabilités.
Quel a été votre premier ordinateur, et quel est votre équipement actuel?
J'ai eu mes premiers contacts avec l'informatique très tôt, vers l'âge de 5 ans sur un TO7. J'aurais appris à lire et à écrire en recopiant des programmes simples en BASIC, mais je ne me souviens de rien à ce niveau.
Mes premiers vrais contacts avec l'informatique ont été bien plus tardifs sur des PC tournants avec Windows 98.

Désormais j'utilise Windows XP dans le cadre de mon travail, sur des PC ou des laptops. Chez moi j'utilise Ubuntu ou Android sur plusieurs machines (serveur, PC, hyper-portables, pocket-pc...). Je suis sur-équipé mais mes machines sont souvent "en maintenance".
La viralité on line n'est-elle pas la même chose que le traditionnel bouche à oreille?
Il s'agit de deux formes distinctes d'un seul phénomène que je ne sais pas nommer, il doit sans doute exister un vrai mot pour désigner ça.
Est-ce que le pouvoir a peur d´Internet?
L'internet est un espace social nouveau. L'organisation sociale y est en cours de création et les modes de gouvernances des espaces sociaux connus sont nécessairement remis en question. Le capital de reconnaissance lié à des positions stratégiques dans les différents systèmes traditionnels de gouvernance perdent donc de la valeur, ce qui entraîne en effet des réactions de peur et de dynamique conservatrice ou rétrograde.
Pensez-vous que la fracture numérique est un problème social? Que feriez-vous pour accélérer l´alphabétisation numérique?
Il faut ouvrir l'école qui est aujourd'hui un espace fermé de manipulation de l'information. L'Internet ne doit plus être qu'un simple outil périphérique de la pédagogie il est nécessaire d'utiliser structurellement le web (et non simplement l'Internet) comme support scolaire. Aujourd'hui nous créons à l'école une quantité astronomique de déchets, matériels et symboliques : ce qui est produit est systématiquement jeté alors que tout travail, même celui des tous petits à partir du moment ou les principes de négociation au monde sont intégrés (il ne s'agit pas de ne plus jeter pour simplement déverser sans savoir ce qu'on fait, ça n'aurait aucun intérêt). De nombreux risques et contraintes doivent être pris en compte mais il s'agit de ne plus continuer à s'embourber dans une répétition des réflexes d'industrialisation de la société de la fin du 19è siècle.
Que faisiez-vous en Mars 2000, au moment culminant de la bulle des dotcoms?
En mars 2000 j'étais en vacances.

J'ai pas mal souffert de l'explosion de la bulle, peut-être que j'en ai quelques séquelles, mais c'est le cas de toutes les crises que nous accumulons. J'ai cessé de croire qu'il s'agissait d'une suite d'accidents, il ne s'agit pas non plus de véritables opportunités.
En fait peu importe. Il s'agit d'être responsable de ses propres choix et de savoir dans quelle mesure nous pouvons collaborer, ou non, à ceux des autres, quitte à ne pas être reconnu, voire à être jugé coupable. A partir d'un moment on décide individuellement du niveau d'éthique qu'on est capable de vouloir atteindre.
Quelle est la plus importante tendance aujourd'hui dans le monde interactif?
Le monde de l'interactif c'est le monde de l'interaction. La tendance actuelle est à la mise en scène. Elle est multi-médiatique, à la télévision, sur internet, devant la machine à café... elle est scénarisée mais aussi multiple malgré une trace de recherche de cohérence héritée du mass-media. La négociation est constante au sein d'appartenances plus ou moins étanches et des autorités versatiles, on pourrait parler de multilatéralité.
Enfin on pourrait penser que le web2.0 est une extension du culte du faiseur, le spectateur, révélateur du sens de l'action, continuant d'être repoussé puisque seul compterait le contributeur, le collaborateur. Il s'agit peut-être du contraire avec une simple concrétisation des phénomènes de signification qui étaient jusqu'à présent sous-terrains. Il ne s'agirait pas tant de démocratie virile que d'une boulimie frivole d'acculturation (et non simplement de culture), de dématérialisation de la consommation comme outil d'émancipation.
Qu´est-ce qui vous semble le plus intéressant dans le phénomène Web 2.0?
La fragmentation de l'information et la négociation constante de sa hiérarchisation, la possibilité de valoriser la diffusion par rapport à la rareté et la possibilité de créer de nouvelles communautés libérées de contraintes territoriales font partie de phénomènes très intéressants du web 2.0 et qui semblent générer de nouvelles manières de concevoir le rapport à l'autre.
Que feriez-vous pour arrêter le spam sur Internet?
La première chose c'est de cesser de donner une place trop importante aux mails. A partir du moment où le mail ne sera plus utilisé à tors et à travers le spam ne sera peut-être plus aussi intéressant pour les spammeurs.
C'est la même chose pour un grand nombre de parasitismes qui exploitent une certaine immaturité des usages.
La largeur de bande ne sera-t-elle plus un jour une limitation?
ll faut y travailler.

PHILOSOPHIE
Pour vous, qu´est-ce que la bonne vie?
Il s'agit de définir sa propre éthique, tout le monde n'aura évidemment pas la même. Et il faut toujours être capable de négocier, sans forcément reculer donc, avec d'autres qui n'auront pas la même "bonne" vie.

La bonne vie pour moi est une articulation entre de nombreux sentiments souvent contradictoires qui nous font nous sentir bien. Comme le temps existe un plaisir fugace peut se retrouver en contradiction avec la poursuite d'objectifs plus vastes, et il faut alors prendre une décision. La vie est dominée par le cas par cas, et la Raison ne sera donc jamais dominée par des recettes toutes faites.
Quel est le secret du bonheur?
Le bonheur n'est pas secret et parfois il peut même s'afficher, qu'il soit vécu ou feint. Le bonheur est aussi un chemin ouvert à tous, un pont peut-être, vers l'acceptation de soi, des autres et de soi avec les autres. Il s'agit de rechercher ce qui fait du bien à soi, ce qui fait du bien aux autres, en respectant les fondements de l'existence de chacun. Ce sont donc ces moyens, de faire du bien et de respect, qui sont "secrets", c'est à dire difficiles à trouver et à toujours ré-inventer.
Qu'est-ce qu'une amie?
L'amitié c'est le bonheur de partager du temps avec l'autre.
Existe-t-il une âme?
Notre origine matérielle est dominée par les faiseurs élémentaires de structure physique, les gènes, dont l'existence dépasse celle de l'individu. Notre devenir culturel, que nous pourrions appeler "âme", dominé par les faiseurs élémentaires de structure symbolique, les mèmes, dépasse aussi l'individu. Qu'il existe ou non une âme n'a pas vraiment d'intérêt, et de toutes façons ne nous concerne pas, comme la musique transportée dans un connecteur d'une chaîne hifi ou la décoration du dôme des invalides ne regardent pas l'atome d'or.
Où finit la science et où commence l´idéologie?
L'idéologie est dominée par la certitude et le totalitarisme, la science n'est que doute et ne se conçoit que dans la négociation avec soi ou avec les autres.
Qu´est-ce que la beauté?
La beauté est un sentiment d'équilibre interne stimulé par un dialogue entre le paysage, indiscible, la réalité négociée par la société, et la structure de nos références émotionnelles. Elle est la création d'un spectateur enthousiaste.
Qu´est-ce que Dieu?
Dieu est d'abord une majuscule de trop, ensuite un masculin discutable, un singulier dangereux, et au final un concept qui a eu son utilité mais d'essence historique: qui est apparu un jour et qui disparaîtra un jour.
Qu'y a-t-il après la mort?
Ce qu'il y a avant la vie sans doute.
Si le prix de l'entrée à un match de football double à partir de l´âge de 12 ans et votre fils les a eus hier, au guichet, quel âge direz-vous qu´il a?
La question est de savoir si c'est l'âge au moment de l'achat ou l'âge au moment du match qui compte. Ce genre de règle étant stupide mais pas de mon ressort, autant laisser le guichetier choisir le montant qu'il me fera payer.
Si vous étiez millionnaire, quelle serait votre œuvre bénéfique ?
Etre millionnaire c'est déjà ne pas oeuvrer pour le bien d'autrui. Analysons l'idée: être millionnaire c'est avoir emmagasiné une quantité de marques de mérite incomparable avec la majorité des autres, jusqu'à ce que le mérite en question ne soit plus visible. D'une part ça ne sert à rien, d'autre part il s'agit obligatoirement d'un détournement et d'une corruption du système social (quand bien même nous ne serions qu'un rouage).
Si tout le monde est millionnaire alors la question ne se pose pas, si être millionnaire ne se traduit pas en terme de moyen d'action sociale alors aucune oeuvre particulière n'est possible. Les millionnaires sont donc nuisibles par définition, heureusement il peuvent être autre chose en même temps que d'être millionnaires.
Vos péchés et vos vertus?
Pourquoi exposer les uns ou les autres ? Il n'y a pas de vérité finale à ce sujet et nous négocions toujours avec les autres. Je n'ai pas à imposer aux autres l'image que j'ai de moi-même.
Trois mots très importants aujourd'hui
Les mots, s'ils sont correctement utilisés, n'ont pas trop d'importance en eux-même. Il faut les articuler par plus de 3.
 

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