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Interview à:

Siam Angie Dots Minou [siamadm] 


ART
Que faites-vous ? Comment vous définissez-vous?
Je joue avec les limites. Je suis étudiante en art, jeune artiste. Le statut d'étudiant m'intéresse car, si l'on en prend la définition initiale, il y a quelque chose d'assez sage dans ce mot. Mon engagement dépasse le cadre de mes études en école d'art, je suis ambitieuse et pense nettement à mon avenir d'artiste.
Quel est votre message?
Je ne pense pas que mes projets portent un "message" mais plutôt qu'ils tissent du sens et c'est ce qui me passionne. Je cherche à interroger le statut de l'individu dans le groupe, les limites de ce qu'on peut infliger aux autres, les réactions que l'on peut créer et l'importance de l'identité dans notre rapport à la société.
Votre biographie en quatre lignes
Je m'appelle Siam Angie Dots Minou Guyot, j'ai 20 ans. J'ai beaucoup voyagé et je crois beaucoup en la mobilité. J'ai commencé à dessiner très petite et j'ai toujours voulu faire une carrière artistique. Je me suis passionnée pour le dessin, puis j'ai découvert la création numérique et réalisé des images Illustrator. Aujourd'hui je continue largement à développer ces pratiques même si je me dirige plus précisément vers une pratique d'installations et d'œuvres expérimentales
Éditez-vous votre travail sur le net? Où peut-on le voir ?
Internet a très vite eu une importance flagrante dans la monstration de mon travail. J'ai un site internet, tenshi.fr, qui présente mes projets et ma démarche.
Comment une idée naît-elle ? Qu´est-ce que l'inspiration pour vous?
La plupart de mes projets naissent sur la base d'un déclencheur, je réagis en fonction du contexte, des individus qui m'entourent, d'une situation bien particulière. Le projet ne peut souvent être réalisé qu'à un moment, dans un seul lieu et dans des conditions particulières. Je travaille in situ.
Qu´est-ce que l´art?
C'est une question qui n'a pas de réponse selon moi. Je m'intéresse à beaucoup points de vue sur ce sujet. Pour moi, il s'agit d'une sorte d'élévation, un sentiment à part entière. On en apprend beaucoup.
Dans quelles circonstances vous apparaissent les meilleures idées?
En général, j'aime être poussée par une réaction violente dans mon entourage. Par exemple, lorsque un acte de vandalisme a eu lieu contre un de mes projets en préparation j'ai été dans une période particulièrement faste.
Quelle est votre preuve par neuf pour savoir si une idée est bonne?
Je pense qu'on ne peut vraiment le savoir avant d'exécuter. Il s'agit de créer des liens logiques, entre le pourquoi du projet et la manière d'expression choisie, mais le résultat ne peut être totalement prévu. C'est l'expérience qui règne.
Trois idées créatives que vous aimeriez, si c´est vous qui les aviez pensées.
J'aime assez le travail de Daniel Buren et il est vrai que certaines idées qu'il a eu m'auraient satisfaite. Ce que j'aime c'est la manière de penser le projet selon le lieu dans lequel il doit être montré. L'œuvre de Claude Rutault est aussi un véritable exemple de ce que j'aimerai arriver à construire.
Quand, comment avez-vous commencé à vous sentir artiste?
Je pense que mon projet artistique s'est mis en place à partir de ma deuxième année en école d'art, là où j'ai commencé à réfléchir et à analyser mon obsession du motif de pois irrégulier. Je ne me suis jamais imaginé faire autre chose qu'être dans le domaine de l'art, mais à cette période je me suis sentie prête à m'imposer en tant qu'artiste. Depuis bien sûr mes idées et mes projets ont beaucoup évolué mais je suis d'autant plus déterminée.
Pourquoi tant d'artistes et créateurs ont des personnalités volatiles?
Je ne suis pas tout à fait d'accord sur cette idée de personnalités volatiles. A vrai dire, ce que je défends et ce que j'aime peut-être le plus chez les artistes, c'est une détermination sans faille. J'aime cette manière d'être têtu, acharné presque, car il faut souvent l'être pour s'imposer et ne pas se laisser détruire par les autres.
Vous considérez-vous postmoderne?
Je me considère surtout pleinement dans l'art contemporain, dans une voie menant à un art très lié à la vie, qui nous englobe et qui ne se contente pas d'être montré. Je crois à l'art expérientiel qui dépasse le musée, la conservation et les vitrines.
Comment doit-on évaluer une œuvre d'art?
Mon but est de créer des œuvres qui ne soient pas achetables. La seule évaluation viable est tout simplement celle du sentiment personnel que chacun pourra avoir en vivant un de mes projets. Celle-ci est liée à l'évaluation de la justesse de la pensée de l'œuvre.
L'artiste doit-il se réinventer chaque jour?
Pour moi c'est une priorité. Je lie le fait de se réinventer à l'intérêt du travail in situ : dans chaque lieu, dans chaque contexte, l'œuvre est imaginée de nouveau et se réinvente. C'est ce que je trouve magique, c'est la manière dont on peut se transformer, évoluer. Je suis très peu intéressée par les œuvres-objets qu'on déplace de musées en musées.
Quels artistes admirez-vous et de quelle manière influencent-ils votre travail?
Il y a beaucoup d'artistes qui ont de l'importance pour moi et dans l'évolution de mon projet. J'en ai déjà cité deux, Claude Rutault et Daniel Buren dont j'admire la détermination, la répétition réinventée dans leurs œuvres. J'aime aussi Niele Toroni pour la même raison. Yayoi Kusama, artiste japonaise est aussi une sorte d'héroïne pour moi : elle défend une pratique obsessionnelle maladive. J'ai énormément été touchée par son livre Manhattan Suicide Addict.
Quelle est votre opinion sur les subventions publiques à l'art?
Je pense qu'elles sont nécessaires dans la société contemporaine. Je crois que l'art a besoin de se réinventer dans les villes, à l'extérieur, de sortir des musées.
L´art authentique est-il l'art nécessaire?
L'art entier est nécessaire. Inutile peut-être mais nécessaire.
Avez-vous du mal à vous séparer d´une pièce que vous avez vendue?
Je souhaite le moins possible avoir d'œuvres achetables. Je préfère les œuvres immatérielles à celles qui s'achètent. Lorsque je vends des images numériques que j'ai réalisé, la situation est très différente car j'interroge justement la séparation. Mes images numériques sont reproductibles à l'infini, je m'en sépare donc sans regrets.
Achète-t-on le travail, ou achète-t-on plutôt l'artiste?
Je pense qu'on achète plutôt une expérience, et oui, en quelque sorte, l'artiste, sa présence, son geste. Je crois en l'artiste au centre de son œuvre, il est peut-être même pour moi de l'art, lui-même.
En art, il n'existe pas de guide, comment connaissez-vous vos prochains pas?
Il est toujours question de situations, de moments. Je fais confiance à la vie, j'aurais forcément toujours quelque chose à défendre, une réaction contre laquelle intervenir!
Voyez-vous d´un bon œil qu'une grande partie des œuvres exposées dans les musées d'art contemporains soient d´artistes déjà décédés?
Dans une certaine mesure oui. Je pense cependant que la place doit être faite aux jeunes artistes. L'art contemporain est une grande catégorie qui a besoin d'être réactualisée de temps à autre.
Quel rôle ont joué dans votre trajectoire les figures du marchand, du représentant, de la galerie, et des intermédiaires en général?
Actuellement, je n'ai jamais eu à faire à ces intermédiaires. Je pense que les galeries jouent un grand rôle. Pour un jeune artiste, il faut se faire remarquer et les occasions sont plutôt difficiles à trouver. Je pense que tout est plus une question de hasard et de chance.
Quel type de commandes vous passe-t-on généralement?
Je n'ai encore jamais eu de commandes artistiques à proprement parler. Je réalise parfois des portraits numériques sur commande.
Lequel de vos travaux aimez-vous le plus ?
Dans mon travail qui est actuellement en évolution constante, j'avoue que mon dernier projet, le plus récent, est celui qui me semble le plus correspondre à l'idée que je me fais de ma pratique artistique.
Collectionnez-vous quelque objet?
A vrai dire je ne suis pas une collectionneuse, mais je m'intéresse beaucoup à l'idée de collection, dans son rapport à l'obsession. Je suis plutôt une adepte du vide que du trop plein d'objets, peut-être à cause des nombreux déménagements que j'ai vécu petite où je ne pouvais jamais rien garder!
Quels portails d'art on line fréquentez-vous?
J'ai un compte sur exponaute par exemple, qui est un site que je trouve passionnant même si je suis parfois frustrée de ne pouvoir voir toutes les expositions qui m'intéresseraient. Je suis surtout intéressée par l'idée de contact, et j'utilise des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter pour communiquer sur mes projets.
Que conseilleriez-vous à ceux qui commencent?
Une valeur qui me paraît très importante c'est la détermination. Pour quelqu'un qui débute je pense qu'il est plus que nécessaire de ne pas se laisser dévier de sa route et surtout de ne pas prendre à cœur les critiques. Il faut foncer.
 

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Siam Angie Dots Minou
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© Siam Angie Dots Minou
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